Cartooning for Peace / Alerte Brésil – épicentre de la répression à l’encontre des dessinateurs et dessinatrices de presse ?

Alerte Brésil – épicentre de la répression à l’encontre des dessinateurs et dessinatrices de presse ?

Laerte, Montanaro, Alberto Benett et Claudio Mor, Renato Aroeira : en deux jours, ce sont 5 dessinateurs et dessinatrices de presse du Brésil qui font l’objet d’intimidations. Cartooning for Peace dénonce fermement ces intimidations et s’associe aux mouvements de solidarité pour les dessinateurs·trices concernés.

Alors que le Brésil devient le nouvel épicentre de la pandémie, les intimidations à l’encontre des dessinateurs·trices se multiplient de façon inquiétante. Tout d’abord, la dessinatrice Laerte et les dessinateurs Montanaro, Alberto Benett et Claudio Mor font l’objet d’une interpellation pour des dessins relatifs aux violences policières survenues en décembre 2019 à Paraisópolis qui ont fait 9 victimes, et que le journal Folha de São Paulo avait publiés à l’époque.

Defenda PM, association d’officiers militaires de l’État de São Paulo connue pour son conservatisme radical et sa proximité avec l’actuel président Jair Bolsonaro, entend obtenir des « explications » de la part des dessinateurs, sorte de « prélude à une action pénale », comme l’explique l’article du journal Folha de São Paulo.

Selon les observateurs tels que Reporters Sans Frontières (RSF), cette action qui intervient six mois après les faits, s’apparente à une tentative claire d’intimidation.

Laerte dénonce un « autoritarisme grandissant » et un « climat de désinformation et de censure très inquiétant » au Brésil. Benett y voit le signe d’une « persécution acharnée contre la presse et le journalisme critique ».

De leur côté, le dessinateur Renato Aroeira et le journaliste Ricardo Noblat font l’objet d’une demande d’enquête pour le dessin ci-après, réalisé par le premier et publié sur Twitter par le second. Le grief concerne l’association entre le président Jair Bolsonaro et le Nazisme. Le dessin (ci-dessous) dépeint le président Bolsonaro appliquant de la peinture noire sur la croix rouge pour la transformer en croix gammée. Le titre indique : « Le crime continue ».

Le ministre de la Justice, André Mendonça, a demandé à la police fédérale et au ministère public d’enquêter, au nom de l’article 26 de la loi sur la sécurité nationale. L’article 26 datant de l’époque de la dictature militaire interdit « la diffamation ou la calomnie du président de la République, du Sénat fédéral, de la Chambre des représentants ou de la Cour suprême, le fait de les accuser d’un fait qualifié de crime ou d’un fait portant atteinte à la réputation peut entraîner une peine de prison de un à quatre ans ». Plus tôt, c’était le secrétariat spécial de communication sociale (Secom) qui annonçait vouloir poursuivre le dessinateur et journaliste pour diffamation.

Tant le dessinateur que le journaliste, critiques de la politique du président actuel, ont fait l’objet de poursuites judiciaires dans le passé. Le dessinateur, qui avait déjà réalisé des dessins proposant une analogie similaire considère que ce n’est pas lui qui fait l’association mais les discours du président lui-même.

Pour sa part, l’association de presse Brésilienne (ABI) s’est dite solidaire des dessinateurs du Folha de São Paulo et de Renato Aroeira et Ricardo Noblat. Marcelo Rech, le président de l’Association nationale de la presse (ANJ) cité par le journal Extra Globo, rappelait pour sa part au sujet du dessin d’Aroeira que l’humour est protégé par le droit à la liberté d’expression et qu’il a la fonction particulière d’étendre encore les limites de cette liberté.

La solidarité émane également de la communauté des dessinateurs qui ont décidé de l’exprimer sur les réseaux sociaux et d’acteurs de la vie culturelle qui ont lancé une pétition en soutien à Aroeira.

Rappelons également qu’en novembre 2019, un député détruisait un panneau d’une exposition sur le racisme contenant un dessin du dessinateur Carlos Latuff.

Cartooning for Peace s’engage à surveiller de près l’évolution de la situation au Brésil et rappelle l’importance fondamentale de la liberté d’expression et du dessin de presse, notamment en temps de crise, dans une déclaration conjointe avec The Cartoon Movement et CRNI.

Une pétition pour soutenir Renato Aroeira a été lancée.

Des dessins en soutien au dessinateur Renato Aroeira sont également publiés sur les réseaux sociaux (voir ci-dessous). 

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  • Pedro X. Molina (Nicaragua)
    Alerte Brésil – épicentre de la répression à l’encontre des dessinateurs et dessinatrices de presse ? - Pedro X. Molina (Nicaragua)
  • Becs (Argentine/Argenitna)
    Alerte Brésil – épicentre de la répression à l’encontre des dessinateurs et dessinatrices de presse ? - Becs (Argentine/Argenitna)
  • Rodriguez (Mexique/Mexico)
    Alerte Brésil – épicentre de la répression à l’encontre des dessinateurs et dessinatrices de presse ? - Rodriguez (Mexique/Mexico)
  • Pedro X. Molina (Nicaragua)
  • Becs (Argentine/Argenitna)
  • Rodriguez (Mexique/Mexico)