28 janvier 2026
Le dessinateur de presse indien Gaurav Sarjerao a vu l’accès à son compte Instagram (et à un post) bloqué en Inde, à la suite d’une demande initiée par la police de l’État d’Haryana.
Son compte, dont 98 % des abonnés sont situés en Inde, affiche depuis lors les mentions « post indisponible en Inde » et « utilisateur indisponible en Inde ». En cause ? Le dessin ci-dessous publié en couverture de l’hebdomadaire politique Marmik en août 2025 et partagé sur son compte Instagram, cumulant plus de deux millions de vues. Gaurav Sarjerao y livre une critique des relations que le Premier ministre Narendra Modi entretient avec le président américain, sur fond de collaboration renforcée en matière de défense.
Interpellée par le dessinateur, la modération de la plateforme numérique a renvoyé de manière générique à sa « politique en matière de restrictions d’accès au nom de la loi locale», sans pouvoir spécifier au nom de quelle disposition législative cette restriction était prise et en invitant le dessinateur à prendre attache avec la police locale à l’origine de la demande de blocage.
Cette censure en ligne s’inscrit dans le contexte d’une opération plus vaste menée par la police de l’État d’Haryana en concertation avec le Ministère de l’électronique et des technologies de l’information (MeitY). Le Média The Print fait état de centaines de posts et de profils retirés en l’espace d’un mois dans le cadre d’une opération ciblant « les contenus répréhensibles, antinationaux, antireligieux et trompeurs ». Questionné par le média, le chef de ladite police affirme que « des contenus générés par l’IA montrant le Premier ministre Narendra Modi avec le président Trump comptent parmi les contenus retirés, lorsque le Premier ministre est dépeint sous un mauvais jour, ainsi que des mêmes de responsables nationaux. »
Cette opération s’inscrit dans le cadre d’un nouveau mécanisme de censure, qui permet notamment aux fonctionnaires locaux d’exiger des réseaux sociaux qu’ils suppriment certaines publications. En octobre 2024, le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi a en effet lancé la plateforme Sahyog. Toutes les plateformes numériques ont l’obligation de rejoindre ce dispositif, qui étend le pouvoir d’émettre des demandes de retrait – jusqu’alors réservé à deux ministères fédéraux – à toutes les agences gouvernementales fédérales et étatiques, aux fonctionnaires au niveau des districts et à la police. Selon la presse locale, la police de l’État d’Haryana se prévaut de la section 79(3)(b) de la loi sur les technologies de l’information qui prévoit que les intermédiaires (les entreprises de technologies) perdront leur immunité s’ils ne retirent pas le contenu illicite sur demande du gouvernement. Les analystes s’accordent pour dire que l’objectif des autorités est de contourner les décisions de la Cour Suprême venues encadrer le recours par le gouvernement à la section 69 de loi sur les technologies de l’information utilisée pour bloquer des contenus en ligne.
Gaurav Sarjerao, qui voit l’un de ses posts bloqué, puis tout son compte Instagram, n’a reçu aucune notification formelle sur le fondement juridique de cette décision. Le News Laundry se fait l’écho de l’inquiétude des dessinateurs de presse en Inde, qui voient leurs publications en ligne de plus en plus restreintes.
Cartooning for Peace s’inquiète de ce nouveau cas de censure, qui illustre une fois de plus la volonté des autorités indiennes de verrouiller la liberté d’expression. La politique de modération de Meta « au nom de la loi locale » se fait l’instrument d’une législation nationale liberticide actionnée par un pouvoir qui craint l’humour.